Edito Gazette 86

 

La Gazette édition de septembre 2016 vient de paraître. Voici son Edito.

 

Edito de la Gazette 86  de Septembre 2016 

 

Gageons que nos jeunes (et moins jeunes) têtes blondes n’en ont jamais entendu parler. Et pourtant leurs  arrière grands parents ont peut-être eu droit à un : « passe ton certif d’abord ». « Baccalauréat du primaire », le certificat d'études primaires (C E P) était un diplôme sanctionnant la fin de l'enseignement primaire élémentaire  et attestant ainsi l'acquisition des connaissances de base (écriture, lecture, calcul mathématique, histoire-géographie, sciences   appliquées.             

 

Victor Duruy, ministre de l’instruction publique  sous le second empire de 1863 à 1869,préconise dans une circulaire envoyée aux recteurs  un certificat d'études primaires destiné aux élèves qui auraient subi avec succès un examen portant au moins sur l'enseignement obligatoire c'est-à-dire la lecture, l'écriture, l'orthographe, le calcul et le système métrique (circulaire du 20 août 1866).En 1882, le C E P est officiellement institué par la Loi Jules Ferry du 28 mars 1882, qui rend l'instruction primaire obligatoire de 6 à 13 ans. L'article 6 précise : « Il est institué un certificat d'études primaires ; il est décerné après un examen public auquel pourront se présenter les enfants dès l'âge de onze ans…

Ceux qui, à partir d’un certain âge, auront obtenu le certificat d’études primaires, seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait, à passer » Le CEP marquait ainsi pour les lauréats la fin de l’instruction obligatoire et l’entrée dans la vie active.

Notons que la loi sera modifiée à plusieurs reprises au cours des années. L’examen qui s’étalait sur une journée comprenait , une épreuve de rédaction (50 mn) sur 10 points avec deux sujets au choix ; une épreuve d’orthographe (50 mn) sur 20 points comprenant une dictéed’environ100 à 150 mots sur 10 points, trois questions (compréhension générale, explication d’une expression, grammaire) ; une épreuve de calcul (50mn) soit deux exercices ou problèmes de 8 à 12 points ; une épreuve de sciences (20 mn) sur 10 points ; une épreuve de calcul mental (cinq questions) sur 5 points ; une épreuve de lecture sur 5 points ; une épreuve de chant ou récitation sur 5 points (la Marseillaise, une fable de La Fontaine …) ; une épreuve de dessin, travaux manuels ou couture (50 mn) sur 10 points.

L’écriture étant évaluée sur 5 points et l’orthographe (moins de cinq fautes) étant éliminatoires. Ainsi dans les années 1930, l’architecte croix-roussien  René Pagès (1921-2008), de renommée internationale et à qui Caluire et Cuire doit le bâtiment de la poste et le plan masse de l’unité de voisinage de Montessuy, a été admis à l’école des Beaux Arts de Lyon muni de son seul certificat d’études.

Supprimé le 28 août 1989 (décret n° 89-607) cet examen, réservé aux adultes à partir de 1972, a duré plus de 100 ans. La nostalgie s’est emparée des esprits et en a fait une épreuve mythique, à l’heure où le bac, pratiquement accessible à tous est fortement dévalué. Mais il faut savoir que le critère d’évaluation que représentait le CEP encourageait les maîtres à pratiquer la sélection de leurs élèves et un bachotage intensif.

Jusqu’en 1900, la proportion d’élèves sortant de l’école primaire avec le certificat d’études était d’environ 25 à 30 %. Cette  proportion est montée jusqu’à 35 % vers 1920 et a atteint 50 % à la veille de la Seconde Guerre mondiale (voir Philippe Savoie «  Quelle histoire pour le certificat d’études ? », Histoire de l’éducation, n° 85, janvier 2000, pp49-72).

Quoi qu’il en soit, le certif allégé proposé aux Caluirards le vendredi 14 octobre prochain n’a rien d’élitiste, doit être compris comme un aimable jeu de société, et nous espérons qu’ils viendront nombreux pour passer ensemble un agréable moment.  

Marryannick Lavigne

 

 

 



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